mardi, 01 avril 2008

Ravie

Le bonheur général ne serait possible qu'au milieu d'une humanité complètement désabusée et qui en même temps ne fût pas trop amère, une humanité ravie de n'avoir plus aucune illusion en réserve...[28 avril 1971]


Ne pas se tuer est signe de complicité.

 

jeudi, 29 novembre 2007

"L'éloignement fonde la douceur"

On ne cesse d'établir le parallèle. Et, de fait, les deux lignes ne se rejoignent jamais. Une distance demeure, que rien ne comble. En même temps, elles ne cessent de se regarder, ces lignes : on sait que l'une n'irait pas sans l'autre, mais que l'une est impuissante à expliquer l'autre. Ainsi de la vie et de l'oeuvre, toutes les deux stupéfiantes, d'Emily Dickinson.

 
De la première, on connaît les circonstances, les événements, obstinément minuscules, comme enfermés dans un cercle provincial étroit. En témoignent des lettres d'une intense bizarrerie, fantasques, pleines de "minauderies" si étranges et inquiétantes qu'elles font froid dans le dos, comme l'explique Claire Malroux, qui en a traduit deux volumes (éd. José Corti, 1999 et 2001). Un exemple ? 1878, au juge Otis Lord, dont Dickinson est amoureuse : "Cela peut vous surprendre que je parle de Dieu - je ne le connais que peu, mais Cupidon a enseigné Jéhovah à plus d'un Esprit sans instruction - La magie est plus savante que nous -" Ou bien, ces précieuses sentences, en 1883 : "La vie est une vision si forte qu'elle ne saurait en rien faillir. Ce n'est pas ce que les astres ont accompli, mais ce qu'ils ont à accomplir qui retarde l'avènement du ciel. 

"Ma vie a été trop simple et sévère pour déconcerter quiconque", affirme Emily Dickinson. Née en décembre 1830 à Amherst, dans le Massachusetts, elle ne s'éloignera jamais longtemps de l'espace de sa province et surtout de sa famille, à l'exception de rares déplacements à Boston ou à Philadelphie. A partir de 1865 et jusqu'à sa mort le 15 mai 1886, elle ne quittera plus Amherst - "L'éloignement fonde la douceur", professe-t-elle ; et un autre jour : "Loin est proche ce soir." Très vite, elle prend ses distances avec le "Dieu de silex" de son milieu puritain. Quant à la guerre de Sécession, elle la regarde de loin : "La guerre me fait l'effet d'un lieu oblique."

Un jour de l'été 1876, elle reçoit la visite de Thomas W. Higginson, critique littéraire auquel elle avait adressé ses poèmes en lui demandant s'ils étaient assez "vivants". A sa femme, Higginson dépeint la scène : "D'un pas léger est entrée une femme petite et quelconque, avec des bandeaux lisses de cheveux un peu roux... vêtue d'une robe blanche en piqué très simple, d'une propreté exquise... Elle s'est approchée de moi portant deux lis qu'elle m'a mis dans la main d'un geste enfantin en disant d'une voix douce, effrayée et volubile d'enfant : "En guise de présentation"." Il avouera cependant plus tard, loin de toute mièvrerie fleurie : "Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'ait autant vidé de ma force nerveuse."


DEUX MILLE POÈMES


A partir de 1874, les morts successives de proches - dont celle de son neveu Gilbert, à l'âge de 8 ans - scandent et endeuillent la vie de Dickinson. La mort impose sa présence obsédante et familière. Deux affections amoureuses sans réponses satisfaisantes - avec le mystérieux destinataire des Master Letters à partir de 1858, et avec le juge Otis à la fin de sa vie - éclairent la biographie, mais d'une lumière un peu noire et froide.

Cependant, l'étrangeté de la vie semble presque relever du pittoresque si on la compare à celle de l'oeuvre poétique : près de deux mille poèmes rassemblés dans des cahiers cousus, qui ne furent connus qu'après la mort de Dickinson. Patrick Reumaux cite Pierre Leyris, qui fut l'un des grands traducteurs de la poésie américaine, affirmant qu'il est dangereux de fréquenter trop longtemps cette oeuvre. De fait, c'est une impression puissante que produisent ces vers brefs, lapidaires et exaltés. Ou même hallucinés. Comme s'il était urgent de transmettre un message vital aux vivants, de les avertir des secrètes beautés inaperçues, négligées, dont l'univers est riche, en même temps que des dangers invisibles qu'ils courent dans leur quête de sens.

 

Les deux anthologies bilingues publiées aujourd'hui, qui sont dues aux meilleurs connaisseurs de l'écrivain, donnent accès à son univers, par des voies différentes. Ce n'est pas le lieu, ici, de les classer dans l'ordre d'excellence. Et, d'ailleurs, le mystère grandiose de cette poésie réclame d'être traduit et lu de diverses manières.

Quant au portrait que Christian Bobin trace de la recluse d'Amherst, il faut reconnaître souvent la justesse de ses intuitions. Claire Malroux, elle aussi, avait esquissé une silhouette de l'écrivain (Chambre avec vue sur l'éternité, Gallimard, 2005). La ferveur, dont Bobin n'est pas avare, n'est pas ici une entrave, un aveuglement. C'est au contraire la seule voie praticable face à la pure intensité et à cette spectaculaire invisibilité (dont parle Bobin) qui a nom Dickinson. La poésie qui correspond à ce nom - et donc à cette existence - est bien "apothéose de toutes les lucidités".



Emily Dickinson : une voix effrayée, douce et volubile
Patrick Kéchichian
Le Monde des Livres  22.11.2007


- LIEU-DIT L'ÉTERNITÉ. POÈMES CHOISIS d'Emily Dickinson. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) et présenté par Patrick Reumaux, Points-Poésie, bilingue, 294 p., 7,80 €.
- CAR L'ADIEU, C'EST LA NUIT. Choix, traduction et présentation de Claire Malroux. Poésie/Gallimard, bilingue, 436 p., 9,80 €.
- LA DAME BLANCHE de Christian Bobin. Gallimard, "L'un et l'autre", 122 p., 14,50 €.

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dimanche, 02 septembre 2007

Déjà Septembre

 Si je place les femmes sur un piédestal c'est pour mieux les pousser, qu'elles tombent et se fassent mal (Fuzati)

I will work to elevate you, just enough to bring you down.
(Keenan)


 

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R.B.

samedi, 07 juillet 2007

Clair Clément

Clément Rosset / Jean Clair = " Eloge de la mélancolie "

Philosophiemagazine

dimanche, 01 juillet 2007

Vacances ?

J’accepterais d’aller dans le monde si les gifles y étaient permises.

 

 

On n’aime vraiment un ami que lorsqu’il est mort. [mai1966]

 

 

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mercredi, 11 avril 2007

Fléau

Dommage que Dieu n’ait pas gardé le monopole du « moi » et qu’il nous ait donné licence de parler en notre propre nom. Il aurait été si simple de nous épargner le fléau du « je » !

samedi, 02 décembre 2006

Sentir

Dans le métro, hier soir. Effroi insoutenable devant ces squelettes recouverts de chair.

 *

Retrouver cette page où Kierkegaard parle de Job et de tout ce que celui-ci a signifié pour lui.

Ce que le même Job et l’Ecclésiaste ont été pour moi, eux et les sermons du Bouddha, lus après d’intenses soûlographies.

 *

Le lecteur vrai est celui qui n’écrit pas. Lui seul est capable de lire un livre naïvement, - unique manière de sentir un ouvrage. [2 déc 1964]

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samedi, 11 novembre 2006

Au plus haut

Ce qu’on écrit ne donne qu’une image incomplète de ce qu’on est, pour la raison que les mots ne surgissent et ne s’animent que lorsqu’on est au plus haut ou au plus bas de soi-même.

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mardi, 01 août 2006

jeudi 8 juillet 1993

Allongée sur un transat voisin, Maïté redoute les verrues. Quand elle avait 20 ans, elle fréquentait la piscine Deligny, l'ancienne piscine flottante qui a sombré dans le fleuve en 1993. «C'était hard, il y avait des homos partout. Les gens venaient à la piscine pour la drague. Maintenant, tout se passe sur le Net», croit-elle. Carole aussi se souvient de Deligny. «C'était faunesque, très codé. Ma mère m'interdisait d'y aller parce que les femmes étaient seins nus et les hommes bizarres. Mais elle avait du cachet avec ses vieilles cabines. Et un côté décalé, au bord d'un quartier d'ambassades sinistres.» La nouvelle piscine, elle, voisine le ministère des Finances. Les baigneurs s'y ébrouent le poignet cerclé d'un bracelet électronique qui ouvre les vestiaires. Seuls les hommes ont le droit de bronzer torse nu. [ Marie-Joëlle Gros, 1er Août 2006]

jeudi, 27 juillet 2006

Cerveau

Rêve idiot. J’avais rendez-vous avec les deux filles de Bergson. Après des complications sans nom, nous réussîmes à prendre le train d’Ocna-Sibiu – lui (?) ; la voie était en réparation, le train avançait à peine ; les filles ne savaient pas le roumain.

Est-il possible que le cerveau n’ait rien d’autre à faire qu’à inventer des conneries pareilles ? Quels secrets deviner là-dedans , - Ce qui manque à la psychanalyse, c’est le sens du ridicule. Une discipline, théoriquement séduisante, pratiquement grotesque. Il est inconcevable que tant d’intelligences l’aient prise au sérieux. [Cahiers, 5 sept 1966]

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