dimanche, 06 juillet 2008

Goût

Je n’ai plus goût que pour les anecdotes, et la métaphysique hindoue. 

[12/07/66]

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jeudi, 03 juillet 2008

Vacances

Je me prépare pour aller à la mer; j'aurais besoin plutôt d'une maison de santé, d'un asile ... [03/07/1966]

 

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lundi, 23 juin 2008

La chambre n° 77 : libre

La chambre n° 77 du petit hôtel La Louisiane, rue de Seine, à Paris, est désormais libre. Elle était occupée par Albert Cossery depuis 1945. Une minuscule pièce où l'écrivain égyptien de langue française a passé la plus grande partie de sa vie. Rarement un auteur a été autant en symbiose avec ses écrits. Il pourfendait la propriété et le travail : il n'a jamais rien possédé, si ce n'est ses vêtements.


C'est Henry Miller qui l'avait fait découvrir au monde, en publiant aux États-Unis son premier livre, un recueil de nouvelles coiffé d'un titre génial Les Hommes oubliés de Dieu. L'écrivain avait alors 27 ans et, déjà, son style, son message, ses principales caractéristiques en premier lieu l'ironie, la dérision et le dépouillement étaient contenus dans cet ouvrage.

Né au Caire en 1913, l'écrivain s'était installé à Paris en 1945. L'action de ses huit romans, tous écrits en français, se déroule en Égypte, le pays de son enfance où il s'était si peu rendu par la suite. Si l'Égyptien maîtrisait parfaitement la langue de Voltaire, c'était grâce aux écoles françaises du Caire qui l'avaient accueilli jusqu'à ses 17 ans. « À l'âge de 10 ans, je n'ai pas lu des livres pour enfants, mais les grands classiques de la littérature française », nous avait-il affirmé presque aphone du fait d'une trachéotomie. Mais sa vitalité, son regard vif, sa démarche altière étaient surprenants chez cet homme de 94 ans. Même son silence était teinté d'ironie.

Figure de Saint-Germain-des-Prés dont il avait fréquenté les belles heures, au temps de Boris Vian, il avait obtenu le Grand Prix de la francophonie pour l'ensemble de son œuvre. Avec le prix Méditerranée, c'était la seule distinction re­çue par ce personnage à la fois misanthrope et curieux de tout.

On a souvent décrit Albert Cossery comme le « Voltaire du Nil » du fait de son esprit sarcastique sur le pouvoir et la société. L'ami d'Albert Camus, qui avait aussi connu Jean Genet, Juliette Gréco et Mouloudji, avait souvent usé de la dérision comme d'un stylet. Ainsi, dans un de ses livres intitulé La Violence et la Dérision, Cossery met-il en scène une ville du Proche-Orient dirigée par un tyran ; les contestataires décident de lutter contre lui avec une drôle d'arme : le mépris et le rire.

Ou encore, dans Les Fainéants dans la vallée fertile, l'auteur pose un postulat délirant, à travers la vie d'une famille cairote : les hommes doivent être paresseux et refuser de travailler. Un membre de cette famille est resté dans son lit depuis un an, un autre ne veut pas se marier de peur de troubler son sommeil, un dernier sème la zizanie parce qu'il recherche un travail… Souvent, on rit à la lecture de ces pages, comme à la suite d'une bonne blague… mais dont on ne comprend la portée philosophique que longtemps après.

Dans le même registre, Mendiants et orgueilleux conte l'histoire d'un ancien professeur d'université qui décide de se faire mendiant afin de trouver la paix de l'âme…, et celle d'un autre personnage qui préférera, lui aussi, suivre le même destin. Enfin, dans Les Couleurs de l'infamie, son dernier, et peut-être meilleur livre (ses huit récits ont été rassemblés par Joëlle Losfeld, en deux volumes), Albert Cossery aborde la plupart de ses thèmes familiers : la possession, l'abus de pouvoir, la corruption.

L'histoire ? Un voleur, élégant et ironique (Cossery ?), crée une « association de voleurs philosophes » qui met au point une stratégie pour faire passer l'envie aux « escrocs officiels » d'abuser de leur pouvoir. C'est encore l'Égypte qui sert en toile de fond. Et l'écrivain démontre toujours une maîtrise de la langue française. Essayez donc d'enlever une seule phrase aux Couleurs de l'infamie, la construction est telle que vous rendrez bancale l'ensemble du roman.

Sous son air de dilettante, Albert Cossery travaillait et retravaillait inlassablement son œuvre, chaque jour, dans cette petite chambre d'hôtel. Le plus bel hommage que l'on puisse lui rendre est de (re) lire ses ouvrages.

Mohammed Aïssaoui
Le Figaro Littéraire 23/06/08

samedi, 21 juin 2008

Maintenance électrique

Bonjour,
Afin de vous offrir de sécuriser encore davantage nos services, notre centre d’hébergement procédera à une maintenance électrique le dimanche 22 juin 2008 entre 3h et 5h (Paris Time). Pendant ces 2 heures, toutes les infrastructures du centre seront déconnectées et le service de blogs ainsi que vos blogs ne seront pas accessibles. Nous vous remercions de votre compréhension.

Bien cordialement,
L'équipe Hautetfort.

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vendredi, 13 juin 2008

Lits défaits

Bouche cruelle, regard dément ou désespéré, Louise Brooks n’a rien d’un ange de papier glacé. La beauté n’exorcise pas le malheur, telle pourrait être la première leçon de Portrait d’une flapper, la non-biographie de Louise Brooks que signe Roland Jaccard. Une « flapper », un mot qui grésille et enflamme, à l’image de ces garçonnes des années 20, héroïnes fitzgéraldiennes, dont Louise Brooks fut la dernière survivante. Et encore, a-t-elle réellement survécu aux succès, aux excès et surtout aux hommes ? Les hommes, eux, ont survécu à Louise Brooks. Roland Jaccard, qui fut très proche de cette « nymphe vampirique », poursuit son existence, de sexe triste en tristes lolitas et nous le raconte. Ce livre est donc l’histoire d’une chute, celle de Loulou au cinéma, Louise dans la vie, femme idolâtrée qui sut mieux que personne ce que c’est que d’ « avoir été la plus belle fille et tomber au plus bas ». Ce sont aussi les confidences d’un homme prisonnier de ses souvenirs. Se dire pour la dépeindre, la décrire pour se narrer, Roland Jaccard multiplie les jeux de miroirs entre lui et Louise Brooks. Avant tout, ce récit est une succession de lits défaits. A l’intérieur, plusieurs jeunes femmes qui tentent de rivaliser avec l’indomptable Louise, sans savoir que pour défier une « flapper », il faut être prête à tout perdre. La « flapper » a trop de cynisme pour plaire aux féministes et trop de lucidité pour ne pas jouer de cette toute-puissance qui ne dure que le temps d’une jeunesse. Elle agace les femmes, fascine les hommes et fait de sa vie une entreprise d’autodestruction. Louise Brooks envisageait d’intituler son autobiographie, « La Formation d’une petite conne », elle y aurait relaté de manière détaillée comment le voisin, Mister Flowers l’avait déniaisé à 12 ou 13 ans, annonçant une longue suite d’hommes à gueule d’escrocs, penchant irrémédiable pour les salauds chez cette candide perverse. Louise Brooks brûla les quatre cents pages de ses mémoires avant de mourir. Roland Jaccard, lui, n’a pas attendu pour offrir un somptueux hommage à sa sombre égérie.

Ode à une petite conne
Par Oriane Jeancourt

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mercredi, 11 juin 2008

Mammifrère

Nuit atroce. Vomissements, dégoût… avec des tripes pareilles on ne peut aller bien loin.
Lu hier un article de Cyrill Connelly sur Leopardi : «  This way to the Tomb ». - Un titre pour moi.



Après certaines nuits, il faut tout recommencer. C’est comme si on retournait de l’Enfer.


Dégobiller n’est jamais un acte purement physique.
Que de vomissements irréalisés n’ai-je pas traînés le long des jours ! Un mammifère écoeuré s’il en fut
. [11 juin 1966]


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jeudi, 24 avril 2008

Sensation

Il n’y a pas de sensation fausse.
 
N’est pas humble celui qui se hait.

N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi.

Une seule chose importe : apprendre à être perdant.

Ne plus vouloir être homme.., rêver d’une autre forme de déchéance.


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dimanche, 20 avril 2008

Règle d'or de l'Être idéal


- Que faites-vous du matin au soir ?
- Je me subis. 

Un livre est un suicide différé.

Chacun expie son premier instant.

Si on avait pu naître avant
l’homme.


Dire que tant et tant ont réussi à mourir !

L’être idéal ? Un ange dévasté par l’humour.

Plus on vit, moins il semble utile d’avoir vécu.

Règle d’or : laisser une image incomplète de soi…

Naissance et chaîne sont synonymes. Voir le jour, voir des menottes…

Quiconque se survit se méprise sans se l’avouer, et parfois sans le savoir.

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jeudi, 17 avril 2008

Orient

Dans l’ancienne Chine, les femmes, lorsqu’elles étaient en proie à la colère ou au chagrin, montaient sur de petites estrades, dressées spécialement pour elles dans la rue, et y donnaient libre cours à leur fureur ou à leurs lamentations. Ce genre de confessionnal devrait être ressuscité et adopté un peu partout, ne fût-ce que pour remplacer celui, désuet, de l’Église, ou celui, inopérant, de telle ou telle thérapeutique.


L’Occident : une pourriture qui sent bon, un cadavre parfumé. [De l’inconvénient d’être né]

 

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mardi, 01 avril 2008

Ravie

Le bonheur général ne serait possible qu'au milieu d'une humanité complètement désabusée et qui en même temps ne fût pas trop amère, une humanité ravie de n'avoir plus aucune illusion en réserve...[28 avril 1971]


Ne pas se tuer est signe de complicité.

 

mardi, 25 mars 2008

Régénération

Gogol allant à Jérusalem dans l’espoir d’une « régénération », et n’y trouvant que la sécheresse qu’il y avait apportée. À Nazareth il s’ennuie comme dans une « gare en Russie ».
Gogol, après avoir livré au feu le second volume des Âmes mortes, se mit à pleurer.
[14 mars 1968]


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mardi, 18 mars 2008

Salon

Roland JACCARD - PUF - Portrait d'une flapper -
mardi 18/03/2008 à 20h00


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lundi, 18 février 2008

Acte

Bu hier soir chez S.T. quatre whiskies très forts. Rentré à 3 h ¼ du matin. Aujourd’hui, gueule de bois.

« L’acte ne colle pas à l’homme » - vérité des Upanishad ; - pour le bouddhisme, c’est le contraire, puisqu’on pourrait le désigner comme la doctrine de la souveraineté de l’acte.  [18 février 1967]

mercredi, 13 février 2008

Matière souffrante

Tous ceux qui ont misé sur nous et que nous nous sommes employés à decevoir.


Souffrir, souffrir, souffrir, -


Que la Matière continue son jeu, je m'en désintéresse.  [2 mars 1965]

 

mardi, 29 janvier 2008

Je me meurs...

Le Journal d'un homme de trop appartient aux premières œuvres de Tourgueniev.
Publiée en Russie en 1850 dans la revue Les Annales de la patrie, cette nouvelle ne paraîtra en volume que dix ans plus tard, fortement censurée. Un homme, encore jeune et malade, s'éteint peu à peu. Il emploie ses dernières forces à noter l'imminence de sa disparition tout en se remémorant les moments importants de sa vie. Ainsi se dessine le tableau d'une société russe provinciale, médiocre et mortifère, parsemée d'événements romanesques, tels qu'un amour contrarié, un bal ou un duel.
La vanité de toute entreprise, la fragilité humaine et le sentiment de la mort envahissent ces pages merveilleusement écrites. Seul le sentiment de la nature apporte un apaisement fugitif à cette lutte contre l'inéluctabilité du destin. Paru en France dès 1863, salué par les plus grands écrivains de l'époque, Le journal d'un homme de trop connut un vif succès.

 


Extrait du livre :


1er avril.

C’est fini… ma vie est éteinte. Je mourrai certainement aujourd’hui. Il fait chaud dehors, il fait presque étouffant…, ou bien sont-ce mes poumons qui ne respirent déjà plus ? J’ai joué ma petite comédie jusqu’au bout. Le rideau tombe. 
 
Je cesse d’être de trop en rentrant dans le néant. Ah ! comme le soleil est intense ! Ces rayons puissants respirent l’éternité…

Adieu, Térence !… Elle était assise à sa fenêtre, ce matin, et pleurait… Peut-être était-ce à cause de moi, peut-être était-ce parce que son tour de mourir doit arriver bientôt. Je lui ai fait promettre de ne pas maltraiter Trésor. Il m’est pénible d’écrire… Je jette la plume… Il est temps ! La mort ne m’arrive déjà plus avec ce bruit toujours croissant du tonnerre qui rappelle le roulement nocturne d’une voiture sur le pavé ; elle est ici, elle voltige autour de moi, pareille à ce souffle léger qui soulevait les cheveux du prophète…

Je me meurs… Vivez, vous autres !…

Et puisse la vie forte et jeune se jouer à l’entrée de mon tombeau,
Et la nature indifférente
Briller d’une éternelle beauté 

Nous avons trouvé sous ces dernières lignes l’esquisse d’une tête avec un grand toupet, des moustaches, des yeux fixes et des cils en rayons, et sous cette esquisse les mots monsieur et votre très humble serviteur répétés plusieurs fois. L’écriture de ces mots ne ressemble en rien à celle du manuscrit. Cette découverte nous donne le droit de supposer que le dessin et les mots ont été ajoutés après coup et par une main étrangère, d’autant plus que nous avons tout lieu de supposer que M. Tchoulkatourine est décédé, en effet, pendant la nuit du 1er au 2 avril, dans sa propriété héréditaire d’O…

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Ivan Sergueïevitch Tourgueniev, Le journal d'un homme de trop
Traduction de Françoise Flamant
Éditions Mercure de France, Collection Le petit Mercure

 

mardi, 15 janvier 2008

Roland ?

Le bonheur parfait selon vous ?
L'ennui.
A quel moment de votre vie avez-vous été la plus heureuse ?
A l'adolescence.
Votre dernier fou rire ?
«J'ai la mémoire qui flanche, je m'souviens plus très bien...»
Et la dernière fois que vous avez pleuré ?
A mon dernier fou rire.
Le principal trait de votre caractère ?
L'imprécision.
Et celui dont vous êtes la moins fière ?
Je ne suis pas particulièrement fière de mon caractère.
La qualité que vous préférez chez un homme ?
La liberté.
Et chez une femme ?
La force.
Votre plus grande peur ?
La mort.
Que possédez-vous de plus cher ?
Le minimum syndical de santé.
Qu'avez-vous réussi de mieux dans votre vie ?
A ne pas me poser ce genre de question.
Votre occupation préférée ?
La vie.
La figure historique à laquelle vous auriez aimé ressembler ?
Sigmund Freud. Mais sans les moustaches et sans le cigare!
La couleur que vous aimez ?
Je les aime toutes. Par exemple, pour mon teint, je préfère les couleurs sombres. Mais, pour le regard, les couleurs claires.
La fleur que vous aimez ?
La rose.
Le nom que vous préférez ?
Roland.
Votre livre de chevet ?
Je n'en ai pas: je ne suis pas une spécialiste du chevet.
Vos auteurs favoris ?
J'en ai 72 ou 85, et je refuse de faire un choix...
Vos compositeurs préférés ?
Comme pour les auteurs, je refuse, là aussi, de faire un choix...
Vos peintres favoris?
Turner, Raphaël, Bacon et Klimt.
Vos héros aujourd'hui ?
Tous les gens, souvent inconnus, qui s'intéressent aux autres plutôt qu'à eux-mêmes.
Votre boisson préférée ?
Le Coca-Cola. Et surtout pas light.
Si vous deviez changer une chose dans votre apparence physique?
Je changerais avant tout l'obligation d'avoir une apparence physique. Franchement, je ne sais pas quel est le fou qui a inventé le miroir.
Et que préférez-vous chez vous ?
L'odeur de ma peau.
Le talent que vous voudriez avoir ?
Tous.
Votre plus grand regret ?
Le temps qui passe.
Que détestez-vous par-dessus tout ?
La vitesse du temps qui passe.
Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence ?
Toutes les fautes et surtout tous les péchés m'inspirent de l'indulgence, voire de la tendresse. Comment aimeriez-vous mourir ?
Vivante.
Etat présent de votre esprit ?
Assoupi.
Votre devise ?
Une parole de la chanteuse Juliette: « Il n'y a pas de plaisir superflu. »

L'Express du 18/09/2003

 

 

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jeudi, 10 janvier 2008

Idole

J'ai toute ma vie aimé piétiner ce que j'ai adoré. On ne se définit que contre ses idoles. (22 mars 1968)

dimanche, 06 janvier 2008

Corps

Notre corps nous souffle nos doctrines. (8 avril 1968)

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Ph. Ed Boubat, 1993.

mardi, 01 janvier 2008

Notre planète !

Qui n’a vu un bordel à cinq heures du matin ne peut se figurer vers quelles lassitudes s’achemine notre planète.

 

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vendredi, 21 décembre 2007

Chère Louise

Il aime les bachelières à frange, le ping-pong, les fantômes de la Vienne impériale, «la teenager danoise» de Kierkegaard (Regine Olsen), les aphorismes désabusés de Cioran, les chansons bleues de Christophe, la psychanalyste Melanie Klein, «le flûtiste pessimiste de Francfort» (Schopenhauer), le Japon, les films du Coréen Kim Ki-duk, les poèmes de Yi Sang, la paresse, les suicidaires, et faire «yum-yum» dans les chambres des palaces lémaniques.

Né à Lausanne, pendant la guerre, d’un diplomate qui ressemblait à Erich von Stroheim et d’une Viennoise qui nourrissait une passion pour Alma Mahler, Roland Jaccard pratique, en expert, l’art de la désillusion, du cynisme, de l’autodénigrement et de l’oisiveté. Avec légèreté, il plaide pour la tentation nihiliste et le refuge de la solitude. Avec Clément Rosset, il tient qu’on doit éprouver la beauté du monde en ayant conscience de sa cruauté. A ce bon vivant, on doit notamment un «Manifeste pour une mort douce» et une «Topologie du pessimisme». A 65 ans, il est resté un jeune homme triste dont les livres, aussi brefs que mélancoliques, ont un charme fou.


Celui qu’il consacre à Louise Brooks, trente ans après sa biographie de
l’«anti-star», tient de l’autoportrait fragmenté. Car l’héroïne de «Loulou» et du «Journal d’une fille perdue», dont la photo trône au milieu de sa bibliothèque, incarne son idéal amoureux, l’idée qu’il se fait des beautés ravageuses. Jaccard en a toujours piqué pour les garçonnes, les adolescentes minces et arrogantes, les «flappers», comme les appelait Scott Fitzgerald, «jolies, effrontées, dotées d’une superbe assurance, court vêtues et dures à cuire», frappant le trottoir de leurs talons, flap, flap, avec une détermination qui n’a d’égale que leur vocation à l’autodestruction.


Louise Brooks, alias «Brooksie», était douée pour réussir, mais sa carrière, interrompue en 1938, fut un immense gâchis. Après avoir aimé les hommes à la gueule d’escroc, abusé de son image de «petite garce odieuse qui ne pensait qu’au sexe», et enfin été boudée par Hollywood, elle est morte en 1985. Jaccard était allé la voir à Rochester, elle l’avait supplié de lui apporter une arme, elle voulait en finir. Allongée sur son lit dans une robe de chambre, elle lui avait raconté son aventure avec Charlie Chaplin, autre amateur de lolitas, lequel l’avait initié à Schopenhauer, ainsi que ses rencontres avec le couple Fitzgerald. Elle prétendait relire, une fois l’an, «A la recherche du temps perdu». Le dernier film qu’elle avait vu était «Fedora», de Billy Wilder, «sur le vieillissement à Hollywood, où il est interdit de vieillir sous peine de mort».


Cette ode désirante à Louise Brooks, à toutes les Louise Brooks, écrite au fusain par Roland Jaccard après qu’un institut lausannois pour jeunes filles lui eut demandé de donner une conférence sur l’ombrageuse «flapper», est une merveille de tendresse, de provocation et d’insolent chagrin.
 
- «Portrait d’une flapper», par Roland Jaccard, PUF, 96 p., 15 euros.
-
A lire aussi, illustré par Romain Slocombe, «Retour à Vienne» (Melville-Léo Scheer, 15 euros), où Roland Jaccard se souvient de ses parents.

Jérôme Garcin
Le Nouvel Observateur  du 20/12/2007

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dimanche, 09 décembre 2007

Dégringolade

J’ai toujours été sensible à la dégringolade des autres. Celle de d.G aux élections m’a fait quelque chose. Il y a quelques jours, j’ai failli lui envoyer, pour qu’il s’y penche à loisir, la ‘maxime’ de Lao-tseu. « Se retirer, à l’apogée de son mérite et de sa renommée, est la voie même du ciel. » [Cahiers, 6 déc 1965]

jeudi, 29 novembre 2007

"L'éloignement fonde la douceur"

On ne cesse d'établir le parallèle. Et, de fait, les deux lignes ne se rejoignent jamais. Une distance demeure, que rien ne comble. En même temps, elles ne cessent de se regarder, ces lignes : on sait que l'une n'irait pas sans l'autre, mais que l'une est impuissante à expliquer l'autre. Ainsi de la vie et de l'oeuvre, toutes les deux stupéfiantes, d'Emily Dickinson.

 
De la première, on connaît les circonstances, les événements, obstinément minuscules, comme enfermés dans un cercle provincial étroit. En témoignent des lettres d'une intense bizarrerie, fantasques, pleines de "minauderies" si étranges et inquiétantes qu'elles font froid dans le dos, comme l'explique Claire Malroux, qui en a traduit deux volumes (éd. José Corti, 1999 et 2001). Un exemple ? 1878, au juge Otis Lord, dont Dickinson est amoureuse : "Cela peut vous surprendre que je parle de Dieu - je ne le connais que peu, mais Cupidon a enseigné Jéhovah à plus d'un Esprit sans instruction - La magie est plus savante que nous -" Ou bien, ces précieuses sentences, en 1883 : "La vie est une vision si forte qu'elle ne saurait en rien faillir. Ce n'est pas ce que les astres ont accompli, mais ce qu'ils ont à accomplir qui retarde l'avènement du ciel. 

"Ma vie a été trop simple et sévère pour déconcerter quiconque", affirme Emily Dickinson. Née en décembre 1830 à Amherst, dans le Massachusetts, elle ne s'éloignera jamais longtemps de l'espace de sa province et surtout de sa famille, à l'exception de rares déplacements à Boston ou à Philadelphie. A partir de 1865 et jusqu'à sa mort le 15 mai 1886, elle ne quittera plus Amherst - "L'éloignement fonde la douceur", professe-t-elle ; et un autre jour : "Loin est proche ce soir." Très vite, elle prend ses distances avec le "Dieu de silex" de son milieu puritain. Quant à la guerre de Sécession, elle la regarde de loin : "La guerre me fait l'effet d'un lieu oblique."

Un jour de l'été 1876, elle reçoit la visite de Thomas W. Higginson, critique littéraire auquel elle avait adressé ses poèmes en lui demandant s'ils étaient assez "vivants". A sa femme, Higginson dépeint la scène : "D'un pas léger est entrée une femme petite et quelconque, avec des bandeaux lisses de cheveux un peu roux... vêtue d'une robe blanche en piqué très simple, d'une propreté exquise... Elle s'est approchée de moi portant deux lis qu'elle m'a mis dans la main d'un geste enfantin en disant d'une voix douce, effrayée et volubile d'enfant : "En guise de présentation"." Il avouera cependant plus tard, loin de toute mièvrerie fleurie : "Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'ait autant vidé de ma force nerveuse."


DEUX MILLE POÈMES


A partir de 1874, les morts successives de proches - dont celle de son neveu Gilbert, à l'âge de 8 ans - scandent et endeuillent la vie de Dickinson. La mort impose sa présence obsédante et familière. Deux affections amoureuses sans réponses satisfaisantes - avec le mystérieux destinataire des Master Letters à partir de 1858, et avec le juge Otis à la fin de sa vie - éclairent la biographie, mais d'une lumière un peu noire et froide.

Cependant, l'étrangeté de la vie semble presque relever du pittoresque si on la compare à celle de l'oeuvre poétique : près de deux mille poèmes rassemblés dans des cahiers cousus, qui ne furent connus qu'après la mort de Dickinson. Patrick Reumaux cite Pierre Leyris, qui fut l'un des grands traducteurs de la poésie américaine, affirmant qu'il est dangereux de fréquenter trop longtemps cette oeuvre. De fait, c'est une impression puissante que produisent ces vers brefs, lapidaires et exaltés. Ou même hallucinés. Comme s'il était urgent de transmettre un message vital aux vivants, de les avertir des secrètes beautés inaperçues, négligées, dont l'univers est riche, en même temps que des dangers invisibles qu'ils courent dans leur quête de sens.

 

Les deux anthologies bilingues publiées aujourd'hui, qui sont dues aux meilleurs connaisseurs de l'écrivain, donnent accès à son univers, par des voies différentes. Ce n'est pas le lieu, ici, de les classer dans l'ordre d'excellence. Et, d'ailleurs, le mystère grandiose de cette poésie réclame d'être traduit et lu de diverses manières.

Quant au portrait que Christian Bobin trace de la recluse d'Amherst, il faut reconnaître souvent la justesse de ses intuitions. Claire Malroux, elle aussi, avait esquissé une silhouette de l'écrivain (Chambre avec vue sur l'éternité, Gallimard, 2005). La ferveur, dont Bobin n'est pas avare, n'est pas ici une entrave, un aveuglement. C'est au contraire la seule voie praticable face à la pure intensité et à cette spectaculaire invisibilité (dont parle Bobin) qui a nom Dickinson. La poésie qui correspond à ce nom - et donc à cette existence - est bien "apothéose de toutes les lucidités".



Emily Dickinson : une voix effrayée, douce et volubile
Patrick Kéchichian
Le Monde des Livres  22.11.2007


- LIEU-DIT L'ÉTERNITÉ. POÈMES CHOISIS d'Emily Dickinson. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) et présenté par Patrick Reumaux, Points-Poésie, bilingue, 294 p., 7,80 €.
- CAR L'ADIEU, C'EST LA NUIT. Choix, traduction et présentation de Claire Malroux. Poésie/Gallimard, bilingue, 436 p., 9,80 €.
- LA DAME BLANCHE de Christian Bobin. Gallimard, "L'un et l'autre", 122 p., 14,50 €.

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samedi, 17 novembre 2007

Fuite

La passion intellectuelle met en fuite la sensualité. Léonard de Vinci

vendredi, 16 novembre 2007

Foi

Une foi comme un couperet, aussi lourde, aussi légère. F.K

jeudi, 15 novembre 2007

Lien

La souffrance est l’élément positif de ce monde, c’est même le seul lien entre ce monde et le positif. Franz K.

samedi, 10 novembre 2007

Quelqu'un(e)

Peut-être qu’à mes funérailles, quelqu’un dira :
il fut 

Nihiliste avec élégance,
 Railleur avec générosité,
Abstrait avec sensualité

 

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mercredi, 07 novembre 2007

Yannick Haenel reçoit le prix Des cendres

Là au moins, il n'y a pas eu de surprise : c'est Yannick Haenel, auteur de Cercle (Gallimard, « L'Infini »), qui a reçu le prix décembre 2007. Avec cinq voix, il l'a emporté face à Linda Lê, auteur de In memoriam (Christian Bourgois), qui a obtenu trois voix.

Yannick Haenel est âgé de 40 ans, il a déjà publié deux autres romans, Évoluer parmi les avalanches (2003) et Introduction à la mort française (2001). L'écrivain coanime la revue de recherche littéraire Ligne de risque.

« Cercle est le journal de bord de la cavale au cours de laquelle cet homme va s'inventer comme écrivain à mesure qu'il va disparaître pour le monde », écrivait notre collaborateur Sébastien Lapaque dans Le Figaro Littéraire du 18 octobre. Le prix est doté de 30 000 euros.

 

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Foto: Doris Poklekowski

mardi, 06 novembre 2007

La bonne voie

Ne jamais oublier que la maladie, chez un créateur, ne doit pas être comprise comme un élément étranger à son génie, comme l’hôte indésirable… Elle ouvre des possibilités neuves, pose des conditions, formule des exigences… Elle est une invitation à l’aventure créatrice.

(...) 

Après tout, si l’on veut bien admettre qu’un écrivain est d’abord un homme qui a surmonté la peur du ridicule (comme les grâces stylistiques sont secondaires en comparaison de cette victoire !), je suis sur la bonne voie. Notre héroïsme à nous autres hypocondriaques, névropathes et dégénérés, c’est notre impudeur.

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